Toast & Café: La Sibérie du hockey

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12032012

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Toast & Café: La Sibérie du hockey




ACAPULCO - À des kilomètres de la EHL, ils rêvent encore d’une prolifique carrière pour un salaire dérisoire.


Dans les rangs juniors, Ginet Cardin a porté le « C » pour les Régates de Valleyfield. Il fut l’un des maillons forts de sa fornation. Il n'a malheureusement jamais été repêché dans la EHL mais fut invité à joindre la formation des Snowballs de Québec à l'âge de 24 ans. Aussitôt relégué au club école des Snowballs, les Lakers de Chicoutimi et par la suite aux Jaguares de Toluca dans la MEXIHA, Cardin n'a jamais disputé un seul match dans la EHL.

Après que Québec l'ait tout récemment remercié de ses services, il se retrouve désormais devant l’inconnu. Il choisi donc définitivevement l’aventure de la MEXIHA, à Acapulco, au Mexique. À moins que par une chance inouïe une autre formation de la EHL le réclame, mais encore là les chances de percer l'alignement sont assez inexistantes.

« Dans la MEXIHA, tu gagnes vraiment pas beaucoup d’argent, confie Ginet Cardin. C’est plus difficile que le monde pensent. On est vraiment loin de la EHL. C'est même pas la MEHA ou la USAHL , on parle de la MEXIHA. On est genre la troisième ligue en Amérique, on est les ti-pauvres du hockey professionnel. »

« On a tellement pas d’argent qu'on retourne notre TV au Wal-Mart avant la fin de la garantie de trois mois. On en rachete une autre dans un autre magasin et on refait la même affaire. »

Les enfants pauvres du hockey gagnent un salaire mensuel oscillant entre 500 $ et 1 000 $ par semaine. L’équipe s’engage toutefois à débourser les frais de l’appartement et la Corona, la Brava ou bien la Tecate, est fournie selon le commanditaire de l'équipe. C’est l’unique luxe qu’ils ont. Il y a des jours où il regrette sa décision, mais Ginet désirait aller jusqu’au bout de son rêve. Question de ne pas le regretter plus tard.



Un brin nostalgique

Assis confortablement sur son divan avec un breuvage commandité ( Tecate ) à la main dans un modeste appartement décoré de tapis coloré dans chacune des pièces et qu’il partage avec Sandy Ryer et Darren Beach, deux coéquipiers des Maniacos d'Acapulco, Ginet Cardin parle avec nostalgie de ses années juniors.

« Quand tu deviens pro et que tu te retrouves dans la MEXIHA, tu réalises pas mal vite que tes années juniors étaient quand même les meilleures de ta vie, affirme le hockeyeur de 33 ans. T'aimerais ça, revenir en arrière, mais faut passer à une autre étape. C'est pas la fin du monde ici, il fait chaud. »

Avant de poursuivre la conversation, Cardin prend une pause pour prendre une gorgée et réfléchir quelques secondes.

« Je veux vraiment que tu l’écrives pour que les jeunes dans le junior réalisent que c’est pas le paradis quand tu deviens pro. Pas beaucoup de gars vont attein­dre la EHL. »

« Ici, tu te retrouves dans la peau d’un professionnel, il y a un côté affaires, ajoute le joueur originaire de Longueuil. Dans le junior, t'as une certaine garantie pour ton poste. Ici, les gars arrivent et ils partent. Tu vois un gars pour une semaine et après tu le vois paqueter son stock. Il y a près de 50 gars qui vont porter les couleurs de l’équipe cette année. C’est vraiment différent. »

Pour vivre le hockey professionnel, Cardin a tourné le dos à une bourse de l’Université de Moncton.

« Si j’étais pas venu ici, à Acapulco, et que j’avais pas essayé de vivre mon rêve ultime, j’aurais vécu avec des remords pour le restant de mes jours. Je reviens pas sur ma décision, je suis content, mais des fois j’y pense encore, à Moncton. Je pourrais retourner étudier en boucherie ou en vétérinaire et je jouerais au hockey en même temps. »



Loin des Lakers de Chicoutimi

Cardin a porté les couleurs des Lakers de Chicoutimi. Il n’avait pas l’étiquette d’un professionnel, mais il jouait devant plus de 10 000 partisans et il misait sur un entraîneur de renom en Maurice Lamour. Le choc a été assez brutal pour l’ailier à ses premiers pas dans la MEXIHA.

« Ici, faut que je joue avec des bâtons deux-pièces pis du duct-tape après mon stock, souligne Cardin. Sur la route, les équipes font tout pour économiser. On peut rouler trois heures et on se couche pas à l’hôtel après la game . Le lendemain, on roule encore un trois heures aller et un autre trois heures pour le retour parce qu'on joue encore contre la même équipe. C'est des petits détails qui sont plates, une chance qu'il y a de la broue. »



Un petit salaire

Dans la MEXIHA, un joueur se bat pour une augmentation de 100 $ par semaine et pour vivre dans un appartement seul. Quand vient le temps de parler argent, Cardin esquisse un grand sourire avant d’offrir cette savoureuse réflexion.

« Je pense pas à mes REER ! J’ai même pas hâte de recevoir mon chèque. Il y a des sacrifices à faire. Je dois penser au présent et au futur.  Pour le moment, le présent est difficile. Je fais pas la grosse vie. Je veux quand même être récompensé pour mes efforts. Pas juste en bière! »

Seuls les joueurs appartenant à des équipes de la EHL vivent plus aisément.



L’amour du hockey

Au cours de mon séjour dans l’entourage de l’équipe en tant que journaliste, une scène a marqué mon imaginaire. Après deux victoires d’affilée face aux Toros de Veracruz, les Maniacos venaient de perdre le troisième duel en autant de soirs. Une défaite de 3-2. Robert Muffler, l’entraîneur de l’équipe, a pris la parole dans l’autobus de l’équipe. Le feu dans les yeux, Muffler a livré le message suivant à ses joueurs.

« J’espère que la douleur de la défaite brûlera encore longtemps et fort dans tout votre corps misérable. »

Pour survivre aux conditions de la MEXIHA, c’est plus la passion d’un sport qui brûle à l’intérieur de leur corps…

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Dans mon temps ça frappait comme des mammouths!
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Joshua Butts
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Message le Lun 12 Mar - 16:46  Ewald

Super article Josh. Ça fait vraiment comprendre la dure réalité des moins talentueux.

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